Mon coup de coeur du mois de décembre dans Le Mag: Les Désorientés d’Amin Maalouf

Le héros du roman, Adam, est le double d’Amin Maalouf. Comme lui, il a quitté le Liban dans sa jeunesse. Comme lui, c’est un professeur d’histoire respecté. Son meilleur ami est sur le point de mourir. Il lui demande d’oublier leurs vieilles querelles et de venir le saluer une dernière fois. Adam arrivera trop tard à son chevet. De ce douloureux échec naitra le projet de réunir ses amis d’autrefois. La correspondance qu’Adam entretient avec chacun d’entre eux permet à l’auteur d’ausculter les maux de son époque. Il ne se dérobe pas. Il affronte le miroir de l’enfance et commence par justifier son statut d’exilé volontaire: « Est-ce de l’orgueil ou de l’intolérance que de ne pas vouloir se contenter d’une démocratie approximative et d’une paix civile intermittente ? ». Il en profite pour fustiger les générations d’opportunistes engluées dans cet impérieux besoin de se chercher un ennemi pour exister : « Nous nous proclamions voltairiens, canusiens, sartriens, nietzschéens ou surréalistes, nous sommes devenus chrétiens, musulmans ou juifs, suivant des dénominations précises, un martyrologue abondant, et les pieuses détestations qui vont avec ». Et à ceux qui dissimulent leurs ambitions terrestres derrière le masque religieux, il assène : « Ils te parlent du licite et de l’illicite, du pur et de l’impur, avec des citations à l’appui. Moi j’aimerais qu’on se préoccupe plutôt de ce qui est honnête, et de ce qui est décent. Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale ». Maalouf le levantin n’épargne pas les pays du Golfe : « On se retrouve avec des populations entières de rentiers, et à leur service des populations entières de serviteurs, pour ne pas dire d’esclaves. Tu crois qu’on peut bâtir des nations avec ca ? » Il se veut d’ailleurs très critique du monde arabe qu’il suspecte de verser dans la victimisation : « Il faudra bien que nous finissions par regarder en face notre propre défaite, la gigantesque, la retentissante débâcle historique de la civilisation qui est la nôtre ». Car Amin Maalouf est nostalgique d’un temps où l’évocation de l’Orient faisait rêver.  Les années ont passé et du sang a coulé sous les ponts. Est-il trop tard pour refaire le monde ? Avec sa bande de copains, avec Semiramis, son amour de jeunesse qu’il avait oubliée d’embrasser, Adam, pardon Amin, s’attaque à la mémoire du Levant pour espérer l’aube d’un jour nouveau.

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