En conference avec le Prix Goncourt 2012, Jerome Ferrari.

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En conference avec le Prix Goncourt 2012, Jerome Ferrari.

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Mon livre du mois: « De quoi la Palestine est-elle le nom? »

De quoi la Palestine est-elle le nom ? Une question d’actualité suite au vote historique de l’ONU qui reconnaît la Palestine comme un état (observateur). Dans son essai, Alain Gresh s’intéresse à la genèse d’Israël et au malheur palestinien. Il démontre que l’idée sioniste est bien plus ancienne que l’holocauste. Sous l’égide des Britanniques, et dans le prolongement de la déclaration Balfour, un foyer de peuplement juif s’était développé (300 000 personnes en 1920). Etrangère aux interprétations bibliques, la Palestine représentait surtout un enjeu stratégique pour le Royaume uni. Il fallait contrôler l’approvisionnement du pétrole à partir du Levant et disposer de bases amies à proximité du canal de Suez. Gresh bouscule quelques lieux communs et relève des vérités qui dérangent. Les partisans de l’Apartheid Sud Africain ont encouragé le sionisme, sur le principe antisémite de « mettons les tous au même endroit ! » Le mouvement sioniste, émergé au XIXème siècle, avait songé à l’Argentine et même à l’Ouganda comme terres d’accueil. Avant 1948, des milices juivesont fait acte de terrorisme à l’encontre des populations arabes. Il est des intellectuels juifs qui réfutent l’idée du sionisme – pour certains rabbins, un état juif ne peut advenir avant le retour du messie. Et enfin, on tolère de la part de l’Etat d’Israël des exactions qu’on ne pardonnerait à aucun autre état. D’après Gresh, Israël est d’abord un avatar des politiques colonialistes pratiquées par les nations occidentales. Ses méthodes et ses justifications sont identiques. La montée en puissance de CNN et d’Al Jazira a donné à la Palestine le statut que détenaient autrefois les causes vietnamiennes ou algériennes. L’auteur rêve de deux états qui coexistent. Il souhaite la réconciliation et cite Edward Saïd pour mieux souligner l’ampleur du problème, à commencer par l’exploitation morbide de la tragédie de la Shoah : « Oui, les juifs ont souffert de l’holocauste, oui bon nombre d’entre eux sont victimes d’antisémitisme. Non ces faits de leur donnent pas le droit de poursuivre une politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs malheurs ». Et Gresh s’intéresse aux racines du malentendu : « il ne s’agit ni d’établir une équivalence absurde entre deux drames, ni de prétendre que le génocide des juifs justifie l’existence d’ Israël, mais de prendre acte de l’existence, de part et d’autre, d’une souffrance profonde à l’origine de peurs existentielles ». Et pour finir, Gresh se livre à une savoureuse explication de texte du philosophe ultra-médiatisé Bernard Henri-Levy dont les élans humanistes se heurtent à la brutalité de la politique expansionniste des israéliens.