Mon livre du mois: La servante abyssine

Zinesh a fui l’Ethiopie, sa misère et ses guerres à répétition. Elle devient une servante domestique, une maid pour utiliser la dénomination que nous connaissons tous. Elle est d’abord envoyée chez une princesse lunatique, une véritable despote derrière les hauts murs de son palais qu’elle a transformé en prison pour tous ceux qui la fréquentent. « C’était une hystérique de l’espèce princière, la plus dévastatrice de toutes. Heureusement on n’entendait pas ses hurlements avant une heure de l’après-midi, heure a laquelle elle se réveillait la bouche pleine de haine » Zinesh est ensuite placée chez un couple de riches bourgeois dont elle finit par connaître les inavouables secrets, tant et si bien qu’elle sera chassée. Après ces années de souffrance et d’humiliations, son nouveau maitre italien, il signor Luca, aurait presque fait figure de bon samaritain. Le vieil expatrié trompe sa mélancolie dans l’alcool et les cigarettes. «Cet homme était triste et aussi éteint que la cendre froide au fond des cendriers que la servante vidait sans relâche. Non elle n’aurait pas dit éteint. Quelque chose couvait tout au fond de ses yeux gris, un point orange, une incandescence… »  Car l’ancien mécanicien d’Alitalia avait connu l’amour foudroyant d’une jeune saoudienne et ne s’en était jamais remis. Les nuits blanches succèdent aux beuveries matinales. L’entreprise d’autodestruction fonctionne à merveille jusqu’au jour où la servante abyssine, à qui son maître s’est enfin confié, décide de l’aider à retrouver son ancienne amante. Elle devient détective, tisse un réseau d’informatrices, interroge les commerçants, erre dans les rues de Djeddah pour y chasser le fantôme de cette idylle évanouie. Sa quête l’obsède « Zinesh devait reconnaître qu’une partie d’elle-même, pleine de feu, était alors à la recherche de cette femme comme si sa vie entière en eût dépendu ». Elle s’infiltre chez les femmes de la ville, elle participe à leurs festivités et, miracle, elle retrouve la jeune saoudienne. Les amants sont enfin réunis. Zinesh est la témoin silencieuse de leurs fougueuses retrouvailles, jusqu’au bout de leur cruel destin qu’on ne dévoilera pas entre ces lignes.
Chacun d’entre nous connaît une Zinesh, une Erythréenne, une Philippine, une Sri-Lankaise, des femmes qui ont à peu près tout subi dans le seul but de subvenir aux besoins de leur famille restée au pays. Carine Fernandez, dont c’était le premier roman, ne juge pas. Elle ne souhaite pas faire de Zinesh un objet de compassion mais elle nous tend le miroir de sa servitude et nous interroge dans notre quotidien en posant cette simple question : « et vous, que savez-vous de leur histoire ? »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s