Mon livre du mois: les filles de Riyad

Voilà un livre dont on a beaucoup parlé. A juste titre. Une jeune saoudienne qui raconte la vie amoureuse de ses amies est en soi un évènement. Mais rien à voir avec la trilogie de Jean Sasson et ses récits scabreux de princesses plus ou moins prisonnières des harems d’Arabie. Les héroïnes de Rajaa sont quatre filles parties dans la vie avec un fol espoir : faire de leur mariage la plus belle histoire d’amour de tous les temps. Sauf que. Sauf que nous sommes en Arabie Saoudite et que les relations hommes-femmes sont biaisées par la rigueur du wahhabisme. Il n’est pas facile de se rencontrer, de se fréquenter, de se faire la cour et de s’aimer. « On nous interdit de célébrer la Saint-Valentin, la fête de l’amour, mais pas la fête des mères ou la fête des pères, alors que toutes trois sont soumises au même régime. Ô toi l’amour, tu es décidément persécuté dans ce pays ». En nous dévoilant les peines de cœur de Lamis, Michelle, Sadim et  Kamra, Rajaa Alsanea nous fait découvrir une jeunesse saoudienne complètement déboussolée. La misère sexuelle, l’hypocrisie, le poids des traditions, l’ignorance et la violence des hommes sont autant d’obstacles au bonheur de ces jeunes filles. Leur unique recours devient l’anonymat et la virtualité de la toile. Elles y dépeignent leurs joies et leurs peines avec d’autant plus de sincérité que nul ne peut forcer les portes de ce royaume. Etonnant contraste. Au pays de tous les archaïsmes, c’est l’outil de communication le plus moderne et le plus universel du monde, Internet, qui permet à ces jeunes femmes de s’épanouir. Internet, et le téléphone dont le développement fulgurant s’explique aisément d’après l’auteur: “le téléphone était pratiquement le seul bol d’air d’amour qui unissait Sadim à Firas, comme c’était le cas pour beaucoup d’amoureux dans le royaume. C’est pour cette raison que les lignes téléphoniques  se sont développées (…), afin de pouvoir véhiculer toutes ces histoires d’amour, ces soupirs, ces plaintes , ces baisers que les amoureux ne peuvent pas ou ne veulent pas – en raison de préceptes religieux et des traditions  – soutirer à la dure réalité ».
A l’heure où Haifaa Al Mansour vient de réaliser son émouvant Wadjda, Les filles de Riyad nous rappellent avec force qu’en Arabie Saoudite, ce sont les femmes qui font avancer la société – parce qu’elles n’ont pas d’autres choix pour exister.

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