L’immeuble Yacoubian, mon coup de coeur du mois de mai dans Le Mag

Six ans après sa sortie, le roman de Alaa El aswany est toujours autant d’actualité. Sans doute parce que bon nombre des thèmes qu’il aborde dans son roman ont été révélés par la crise égyptienne. On pense notamment à la prise du pouvoir des frères musulmans. Dans son livre, les partis islamiques sont très organisés et semblent être les seuls capables de faire face à ce pouvoir autocratique dont l’auteur, digne héritier de Naguib Mahfouz, fustige la corruption et l’arrogance. Le pouvoir méprise le peuple, semblait-il affirmer en décrivant le destin brisé de Taha, un jeune homme ambitieux qui rêve d’intégrer la police et qui échoue à l’examen d’entrée parce qu’il est fils de concierge. Humilié, Taha trouve refuge auprès du cheikh qui en fera un de ses plus fidèles militants. Son aveuglement le placera en première ligne des manifestations étudiantes. Prisonnier, il est violé et torturé. Dès lors il n’a plus qu’une issue, le jihad et l’action violente. Comment ne pas oublier ces femmes qui se firent déshabiller sur la place Tahir ? Leur combat pour se faire respecter nous rappelle le personnage de Boussaïna, une jeune femme dont l’innocente beauté empoisonne ses rapports avec les hommes sauf peut-être avec le vieux Zaki dont elle apprécie le charme et les manières désuètes, une exception, un gentleman exhumé de l’époque coloniale. Dans l’immeuble Yacoubian vivait aussi Hatem, un homme de lettres, un homosexuel affirmé qui vit des histoires scabreuses avec des jeunes hommes désoeuvrés. Tous ces personnages nous sont proches. Ils sont universels et c’est sans doute la raison pour laquelle ce livre eut tant de succès. Sur la petite terrasse de l’immeuble Yacoubian, le pauvre envie le riche, le jeune raille l’ancien, la fille séduit le père de famille, la comédie humaine se joue entre deux appels à la prière. Voilà pourquoi, il faut lire L’immeuble Yacoubian, parce que l’air de rien, entre deux étages si j’ose dire, Alaa El Aswany a dressé le portrait d’une Egypte dont il avait diagnostiqué tous les maux.

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