Mon coup de coeur du mois de juin dans Le Mag: Opium Poppy

Quand le médecin de la croix rouge tomba sur Alam, le petit afghan avec ses trois cicatrices de même magnitude alignées comme le baudrier d’Orion, voilà ce qu’elle rapporta : « vêtu des hardes ordinaires aux bergers illettrés des montagnes, celui-là portait curieusement de solides sandalettes de cuir. Les yeux clos, il saignait du nez et des lèvres ; une expression d’infini détachement flottait sur ce beau visage près de se transformer en masque de poussière ». Comment un enfant de onze ans peut-il se résigner à la mort aussi facilement? Quelle folie peut amener les hommes à faire le sacrifice de leurs fils ? Pour y répondre, Hubert Haddad nous conduit d’abord à Kandahar, là où le petit Alam a fait connaissance avec la guerre. Dans la chaleur et les cailloux, sa famille décimée veille sur lui tant bien que mal. C’est encore un innocent, un petit être émotif qui tombe dans les pommes le jour de sa circoncision, ce qui lui valut le sobriquet de « l’évanoui ». Il ne somnolera pas longtemps. Il semble qu’en temps de guerre la violence s’immisce en chacun, comme un virus, et que les enfants ne sont plus que des jouets ou des accessoires : « comme partout où l’économie de guerre encourage les pires trafics, la pusillanimité des adultes s’appuyait largement sur cette main d’œuvre privée de recours. Les cohues juvéniles courant en tous sens ou hélant le chaland donnaient aux rues un air de fausse gaité ; cette explosion de jeunesse affairée à suivre sous l’oeil d’ancêtres aux allures de momies n’avait d’autres circonstances que l’intangible vitalité d’un peuple ». Tel le poilu d’une autre époque, que la mutilation précoce sauvait d’une mort certaine, Alam doit son salut à sa vilaine blessure. Il quitte son pays de malheurs, traverse l’Europe et rejoint la France, sa nouvelle terre d’accueil. Une douille et une émeraude en poche, des cicatrices à l’âme, il se cherche une famille parmi ses mauvaises fréquentations dont Poppy, la tendre camée, est la figure maternelle et dérisoire.
Le roman de Hubert Haddad est un plaidoyer pour ces enfants soldats qui furent les témoins et les acteurs de combats qu’ils ne devraient connaître – et encore – que par la virtualité du jeu vidéo.

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