Coup de coeur du mois de septembre dans Le Mag: Les ailes de la reine de Waciny Laredj

Miryam a choisi de vivre sa passion, la danse,  dut-elle y laisser la vie. Elle est bien la seule, dans cette Alger en proie au doute, livrée aux « inquisiteurs ». Les Algérois, eux, ont renoncé depuis longtemps, depuis que l’Islam radical est devenu la norme : « j’assiste à la désertification rapide de cette ville. Il ne lui faudrait pourtant qu’un éclair de joie pour s’ouvrir à un amour fort et passionné ». Miryam leur tient tête et refuse de capituler. Pourquoi ce Dieu qui aime tant la beauté serait complice de leurs morbides intentions ? Elle dit : « il se produit un phénomène étonnant dans ce pays : chaque fois qu’un individu rate sa vie, il se tourne vers Dieu, et le voilà confit en dévotion, avec une parfaite hypocrisie. Dieu doit en avoir assez de ces personnages sinistres ». Elle remonte sur les planches. Avec la complicité de son amie et professeur de danse, Anatolia, elle travaille sans relâche au personnage de Shéhérazade dans une adaptation chorégraphique du poème symphonique de Rimski-Korsakov. On la connaît dans le quartier, « je me faufile dans les ruelles étroites où j’entends fuser des mots gentils. Il reste dans ce pays des gens qui savent apprécier. Ce n’est pas encore la fin du monde. Mais de temps en temps, j’entends une autre musique, des paroles triviales, de quoi désespérer : carpette du pouvoir, putain de la télévision ! Ton jour viendra, tu n’y couperas pas ». L’ombre des « inquisiteurs » grandit et le jour des évènements d’Octobre 1988, une balle perdue se loge dans sa tête. A l’exemple de son idole, la danseuse étoile Ekaterina Maximova, Miryam tient bon, forge son courage dans l’espoir d’une ultime représentation. Qui des « inquisiteurs » ou de ce morceau de métal niché si près de son cerveau, fera obstacle à son rêve ? A travers le destin brisé de la danseuse Miryam, Waciny Laredj raconte la dérive islamiste d’une Algérie qui s’est depuis longtemps séparée de ses artistes. 

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