Yellow birds, mon coup de coeur du mois d’octobre

Quand un diplômé en littérature, enrôlé dans l’armée américaine et parti combattre en Irak, décide de raconter son expérience, il produit un des récits les plus forts qui n’ait jamais été écrit sur la guerre. Le journal Le Monde ne s’y est d’ailleurs pas trompé en attribuant à Kevin Powers son prix littéraire.
L’auteur ne parle jamais des irakiens comme des ennemis. La seule véritable ennemie, c’est la guerre, dont il montre l’absurdité et la fatalité : « la guerre prendrait ce qu’elle pourrait. Elle était patiente. Elle n’avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimés ou non ». Bartle, âgé de 21 ans, a juré à la mère du jeune Murph qu’il prendra soin de lui et qu’il le ramènera vivant au pays. Bartle ne put tenir sa promesse. L’innocence de Murph ne résiste pas aux horreurs quotidiennes du champ de bataille. Son esprit l’abandonne et il y perdra la vie. Bartle se sent responsable de la mort de son cadet. Son sentiment permanent de culpabilité, ses cauchemars hantés par le bruit des fusils d’assaut et le cri des blessés, sa dérive de vétéran dont les cicatrices de se referment pas, constituent la trame de ce roman qui tire sa force de son réalisme. A un moment du livre, un journaliste demande à Bartle de lui décrire ce qu’il ressent quand il est au combat. Il répond: “c’est comme un accident de voiture. Tu comprends. Cet instant entre le moment où tu sais ce qui va se passer et l’impact lui-même. On se sent assez impuissant à vrai dire. Tu vois, tu roules comme d’habitude, et tout à coup c’est là, devant toi, et tu n’as absolument aucun pouvoir. Et tu le sais. La mort, tu vois, ou autre chose, c’est ce qui t’attend. C’est un peu ça, poursuivit-il, comme dans ce quart de seconde dans un accident de voiture, sauf qu’ici ça peut carrément durer des jours ». Que cette métaphore est juste et puissante !
Quand il nous fait partager chaque instant de sa vie de soldat, Kevin Powers ne joue pas la comédie. Il ne feint pas, il n’élucubre pas sur la base de quelques témoignages glanés ici et là. Il a pris toutes ses émotions, brutes, intenses, et il nous les a transmises par la littérature pour les couvrir d’humanité.

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