Une jolie critique de QATARINA, par Nicolas Weill-Parot

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir Qatarina. Ce récit à la fois humoristique et tragique nous fait pénétrer au cœur d’un monde que vous arrivez à constituer ou à restituer par mille détails qui manifestent votre connaissance intime de la région. Cette réalité fictive ou cette indubitable fiction fait basculer le lecteur dans un jeu subtil et déroutant entre ce qui nous semble familier et ce qui nous déroute. Il nous promène d’un univers littéraire à l’autre : de David Lodge à Malraux. Les repères sont habilement et ironiquement plongés dans ce monde parallèle, miroir déformant du nôtre et qui en souligne évidemment toute l’inquiétude.

Je ne partage pas cependant l’optimisme historique de John. Médiéviste, je sais trop bien que la « tolérance d’al-Andalus » est uniquement un mythe européen dont les racines remontent au XVIIIe siècle (je dirige en ce moment un ouvrage collectif d’histoire médiévale où Gabriel Martinez-Gros remonte très habilement les multiples fils de ce mythe et montre que de toutes les régions conquises par l’Islam au Moyen Âge, al-Andalus est peut-être celle où l’intolérance était au contraire la plus forte – la notion de « tolérance » n’ayant, de toute façon, rien de commun avec le sens que nous lui donnons aujourd’hui).

L’élégance souriante de Qatarina, malgré les menaces de plus en plus lourdes qui s’amoncellent sur son propre monde, ne s’adresse pas seulement au professeur Summerbee, c’est aussi à notre propre monde, bien sûr : sourire perdu entre l’espoir et la crainte, paroles graves et parfum captivant, drame et séduction, oscillation des possibles… Si ce Moyen-Orient devenu fou pouvait un instant se laisser convaincre par ce sourire et comme la Grande Dame faire tomber le voile odieux qui est en train de l’étouffer…

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